Les conclusions du rapport de l'agence française de sécurité sanitaire des
aliments (Afssa) concluant à l'innocuité pour la santé du maïs OGM MON 810
provoquent de vives réactions, aussi bien dans le champ politique que chez
certains scientifiques. Premier à réagir jeudi matin, José Bové.
L'ancien porte-parole de la
Confédération paysanne a qualifié l'avis de l'Afssa de «coup
de force du lobby pro-OGM, des industriels qui voudraient déstabiliser le
ministre de l'environnement avant le débat à Bruxelles le 16 février prochain».
À cette date, Jean-Louis Borloo doit défendre devant la Commission européenne
la clause de sauvegarde activée par la France début 2008, pour interdire la culture de
ce maïs produit par la firme américaine Monsanto. Selon le leader
altermondialiste, cet avis de l'Afssa est «complètement déconnecté des raisons
qui ont amené la France à mettre en place la clause de sauvegarde». «Ce qui ressort de cette affaire,
c'est la nécessité d'une expertise indépendante», ajoute Bové, qui souligne que
l'Afssa ou l'agence européenne de sécurité des aliments (Efsa), «ont toujours
pris position en faveur des industriels sur la question des OGM». Fin octobre 2008, l'Efsa avait émis un
avis conforme à celui de l'Afsa.
Même revendication d'indépendance des organes d'expertise chez Corinne
Lepage, présidente du parti écologiste Cap21, aujourd'hui membre du
MoDem. L'ancienne ministre de l'Environnement du gouvernement Juppé qualifie
les «soi-disant rapports» de l'Afssa comme de l'Efsa d'«opération de
manipulation» digne des «années Tchernobyl». «Quand on sait qu'aucune étude
publique n'a été menée directement pour étudier le comportement de rats ayant
consommé des OGM, que les seules études disponibles sont celles des producteurs
de maïs» et que le ministre de l'Agriculture Michel Barnier «refuse de
communiquer les études précisément sur le MON 810 (...) on comprend l'opération
de manipulation en cours». Quant au député Vert Noël Mamère,
il a demandé au ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo de «refuser toute
levée de la clause de sauvegarde». Il réclame une réforme de toutes les agences
françaises et européennes chargées d'émettre des avis sur des sujets aussi
sensibles afin de leur donner plus d'indépendance et «la possibilité
d'expertises contradictoires».
«Manque de transparence du gouvernement»
France nature environnement a dénoncé «un avis politique», Arnaud Apoteker,
de Greenpeace, juge lui «scandaleux qu'une agence publique
garde un tel rapport secret et en organise les fuites à la veille d'une
décision européenne». L'Afssa a indirectement répondu jeudi. Pascale
Briand, directrice générale de l'agence, a estimé qu'«aucun secret
particulier» n'avait entouré la publication de son avis. la France. Quant au sénateur UMP Christian
Demuynck, il a dénoncé le «manque de transparence du gouvernement»
assurant que celui-ci «s'opposait depuis plusieurs semaines à la publication de
cet avis». «En persistant dans son refus de vouloir expérimenter des OGM, se retrouve exclue
de la compétition mondiale sur les biotechnologies», souligne-t-il. Il appelle
le gouvernement «à ouvrir un débat avec les scientifiques afin que chaque Français
puisse se faire une idée sans avoir à subir les pressions des lobbies pro ou
anti OGM».
Parmi les scientifiques, le professeur Yvon Le Maho, auteur
du rapport sur lequel la France s'était appuyée, l'an dernier, pour interdire la culture du MON 810, conteste
l'interprétation faite de son travail. «Je ne suis pas arrivé à la conclusion
qu'il n'y avait pas de nocivité pour la santé et l'environnement. Je n'ai
jamais écrit qu'il y a nocivité, mais que je ne pouvais pas conclure», a-t-il
précisé. Dans un entretien à l'AFP, il est revenu sur le contexte de des
recherches : «J'ai travaillé pendant trois mois, honnêtement. Et j'ai consulté
les spécialistes de toutes les disciplines concernées pour chaque aspect
abordé», insiste-t-il. «Au départ j'étais plutôt pour les OGM, avant de me
pencher sur le dossier. Mais aujourd'hui je n'ai aucune certitude
scientifique». Pour lui, les OGM ne «constituent pas une science dangereuse
mais une absence de science». «Les recherches doivent absolument se poursuivre
: il s'agit d'une science bien étudiée au plan de la biologie moléculaire, mais
il n'existe pas à ce jour son pendant scientifique au plan sanitaire et
environnemental», estime-t-il. Globalement sur la même longueur d'ondes, Pierre-Henri
Gouyon, scientifique du CNRS, estime qu'»on ne connaît pas les effets
à long terme des OGM (…) et on ne fait rien pour les connaître». Pour le
scientifique, qui critique le rôle de l'Afssa, «on peut dire qu'à l'heure
actuelle il n'y a pas de preuve de toxicité (du MON 810), le problème est
surtout qu'on fait si peu pour en trouver».
Après la décision de la
France de maintenir la suspension de la culture du MON 810,
les semenciers français ont dit regretter cette décision, qui relève «d'un
choix politique qui va à l'encontre de l'expertise scientifique et du libre
choix des agriculteurs». Les semenciers qui «plaident pour un retour à la raison»
font valoir que «les OGM autorisés à la culture ou à la commercialisation en
Europe ont tous été évalués et jugés sans risque pour la santé ou
l'environnement par les autorités sanitaires française ou européenne».