Prévention. Les politiques sont partisans de mettre en oeuvre une sorte de Samu psychiatrique. Les médecins se disent scpetiques.
"La psychiatrie doit-elle pallier tous les problèmes ?"
Il a remis son rapport début juillet sans savoir que, quelques jours plus tard, l'actualité le mettrait en valeur sous un jour des plus cruels. Le sénateur UMP de Seine-Saint-Denis, Christian DEMUYNCK, a envoyé début juillet au gouvernement un rapport sur la mission d'information qu'il préside concernant la pauvreté et l'exclusion. Rapport dans lequel le sénateur constate que "50% des SDF ont des problèmes psychiques ou psychologiques". Et il propose que les équipes médicales se déplacent à leur rencontre "puisque, selon lui, l'inverse ne sera pas possible". Examinant l'affaire Valentin, le président de la commission observe : "On réagit après coup, alors qu'il faut anticiper".
Sa proposition se borne à une solution simple : "développer des centres itinérants, les permances d'accès aux soins psychiatriques. Ces mesures, poursuit-il, doivent, par ailleurs, être accompagnées d'une politique vigoureuse de placement en institution spécialisée afin d'éloigner durablement les sujets les plus perturbés".
Autrement dit recourir à l'hospitalisation d'office qui n'est pas toujours si facile à mettre en action. Quand on fait remarquer au sénateur que ses propositions ignorent un peu trop l'importance du nerf de la guerre, Christian DEMUYNCK balaie l'objection : "L'argent, nous en avons, avance t-il, le problème, c'est l'empilement des structures. Il faut savoir ce que l'on veut, opérer une remise à plat. Anticiper et non plus réagir après coup".
Difficiles à identifier. De l'autre côté du manche, la vision est plus pessimiste. Le docteur Paul BONAN, psychiatre à Cadillac (Gironde), est fatigué de voir la psychiatrie mise à toutes les sauces. "Que l'on nous dise d'abord ce que la psychiatrie représente dans le champ social, note le praticien, avant de lui demander de pallier tous les problèmes éducatifs, sociaux, sanitaires". Et de se déclarer "sceptique" devant les propositions de l'homme politique. Il constate, d'ailleurs, que le meurtrier présumé de Valentin et sa compagne "ont échappé depuis plus de 20 ans à tout système". "Les SDF, note t-il, sont des marginaux, des gens précaires qui bougent, difficiles à identifier. Et pendant que le sénateur regrette que "le débat sur le suivi psychiatrique des SDF ressurgisse au gré d'une actualité tragique", le médecin, lui, insiste sur le droit pour tout citoyen d'aller et de venir librement qu'une nouvelle réglementation ne pourrait que menacer.
Hélène ROUQUETTE-VALEINS - Sud-Ouest